mercredi, juillet 23, 2014 Heure locale: 09:18

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Un prix prestigieux pour une pionnière de la lutte contre l’onchocercose

Un paysan touché par la cécité des rivières en République centrafricaine (RCA)Un paysan touché par la cécité des rivières en République centrafricaine (RCA)
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Un paysan touché par la cécité des rivières en République centrafricaine (RCA)
Un paysan touché par la cécité des rivières en République centrafricaine (RCA)
A l’occasion d’une récente cérémonie solennelle en Thaïlande le Dr Uche Amazigo a reçu le prestigieux Prix Prince Mahidol qui récompense les contributions exceptionnelles à la santé publique.

Ancienne directrice du Programme africain de lutte contre l’onchocercose, aujourd’hui à la retraite, le Dr Amazigo, a été primée pour ses efforts sans relâche contre la cécité des rivières, l’une de ces maladies dites « négligées ». Selon  l'Organisation mondiale de la santé (OMS), jusqu’à 18 millions de personnes, principalement en Afrique et au Yémen, souffrent de la cécité des rivières », une maladie parasitaire qui a fait 500.000 mal voyants, et  plus de 270.000 aveugles.

Certes il existe un médicament, mais l’OMS rappelle qu’il s’agit d’un traitement à long terme qui peut durer jusqu’à 20 ans, car il est crucial de s'assurer que les victimes sont vraiment libres du parasite. Ce qui signifie entre autre que toute interruption dans les soins – notamment suite aux conflits ou à l’instabilité politique – peut remettre en question la guérison.

Le Docteur Amazigo, ancien directrice du Programme africain de lutte contre l'onchocercose à l’OMS, évoque  des conflits tels que celui qui a déchiré le Soudan du Sud, entravant les traitements et la livraison des médicaments. 

« Cela a perturbé la capacité des gens à distribuer les produits de santé entre eux, tels que l’ivermectine, les moustiquaires imprégnées d'insecticide et la vitamine A », explique le médecin. « Nous avons dû relever d'énormes défis au  Soudan du Sud quand nous avons commencé le programme en 1999 », poursuit-elle. « Il s'est d’ailleurs effondré en raison du conflit. Nous sommes retournés en 2001, et à nouveau en 2010 - maintenant nous croisons les doigts pour que ça  continue » dit-elle.

Le docteur Amazigo, qui est originaire du Nigéria, a introduit avec succès un traitement local auprès des communautés. Ces réseaux couvrent désormais 117.000 communautés dans 19 pays africains, qui bénéficient de l’appui de la société civile et des donateurs.

En 1987, le géant pharmaceutique américain Merck and Co a lancé un programme de don d'ivermectine « à tous ceux qui étaient touchés par l’onchocercose ». Ils peuvent profiter de ces dons aussi longtemps que nécessaire, sur la base des programmes communautaires.

Le Dr Amazigo rappelle que la maladie est particulièrement cruelle pour les femmes qui sont souvent stigmatisés quand elles commencent à montrer les premiers signes de la maladie sous forme d’éruptions cutanées.
 
« Nous avons constaté que cela relève l'âge du mariage. Les filles ne se mariaient pas à l'âge approprié et la maladie réduisait également la période de l'allaitement maternel (à cause des lésions cutanées) ; il y avait aussi le divorce. Mais les hommes aussi sont également touchés par cette maladie » déclare le Dr Amazigo.

Aujourd’hui, elle se dit satisfaite des progrès, grâce aux partenariats forgés avec les partenaires de santé et les gouvernements. Car quelques 120 millions d’êtres humains sont menacés par la maladie.