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Mali : la tension croissante entraine la fermeture des écoles de Bamako

Une manifestation de femmes à Bamako le 10 janvier 2013
Une manifestation de femmes à Bamako le 10 janvier 2013
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Le gouvernement malien a ordonné la fermeture de toutes les écoles de Bamako, et de la garnison voisine de Kati, située à 15 kms de la capitale, après les  manifestations qui y ont été organisées.  A quelque 800 kms au sud de la ligne de front, où l’armée malienne s’efforce de barrer la route aux militants islamistes, les gens sont de plus en plus frustrés par la détérioration de la situation économique, et ce que beaucoup d’entre eux qualifient “d’inaction gouvernementale”.  

Toutes les écoles, des jardins d’enfants à l’Université, sont fermées jusqu’à nouvel ordre à Bamako et à Kati.

Mercredi, des centaines de gens sont descendus dans la rue à Bamako et à Kati, base de l’ex-junte qui avait renversé le président Amadou Toumani Touré en mars dernier. Les manifestants, dirigés par un certain nombre d’organisations politiques et de la société civile – ont appelé à un dialogue national pour des réformes politiques. Et beaucoup d’entre eux ont réclamé la démission du président intérimaire, Dioncounda Traoré, qu’ils accusent d’échec dans la libération du Nord du Mali.

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Un habitant de Bamako dit que, parmi les centaines de manifestants, il y avait beaucoup d’étudiants. Et une autre coalition politique a publié un communiqué dénonçant la décision de tenir de telles manifestations pendant que ça chauffait sur la ligne de front, dans le centre du Mali.

Dans un communiqué lu à la télévision nationale, mercredi et jeudi, le gouvernement a expliqué que ce n’était point le moment pour des troubles publics, mais plutôt celui « où tous les citoyens devraient, alors que le Mali traverse l’une des périodes les plus dures de son existence,   s’unir derrière leur armée pour reprendre le nord ».
Le gouvernement a dit qu’il fermait les écoles du fait des troubles civils croissants, et un risque d’exploitation de la situation à des fins politiciennes. Dès lors, les écoles resteront fermées « jusqu’à ce que la situation se soit calmée », lit-on dans son communiqué.  

Mais les habitants de Bamako doutent que les choses se calment de sitôt, à moins que la situation socio-économique ne commence à s’améliorer.  Certaines écoles étaient déjà fermées à cause des grèves des enseignants, et les Maliens  se remettent toujours des retombées économiques de l’instabilité consécutive au coup d’Etat de mars dernier.

des miliciens d'Ansar Dine à Gaodes miliciens d'Ansar Dine à Gao
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des miliciens d'Ansar Dine à Gao
des miliciens d'Ansar Dine à Gao


Dans la capitale, c’est l’incertitude qui prévaut depuis l’avènement du gouvernement intérimaire civil. L’armée tente de barrer la route aux militants islamistes, et le tourisme – source traditionnelle de revenus pour de nombreuses familles – est pour ainsi dire un secteur moribond.

Certains chefs de famille, qui n’avaient que  quatre ou cinq bouches à nourrir, en ont maintenant dix ou 15, depuis que des parents ont fui le Nord pour se réfugier à Bamako. Et beaucoup d’automobilistes ont garé leurs voitures,  n’ayant pas d’argent  pour acheter du carburant.

Le professeur Issa Ndiaye, analyste politique  à Bamako, explique que la crise politique actuelle au Mali ne fait qu’exacerber  la crise socio-économique, et qu’il y a « un sens général de mécontentement » au sein de la population qui pourrait mener à une explosion sociale à tout moment.

Pour la population, ajoute-t-il,  les gens au pouvoir – civils et militaires confondus- ne font rien pour résoudre les problèmes du Mali. Et les gens en ont vraiment marre.
Le président intérimaire Dioncounda Traoré devait s’adresser à la nation malienne vendredi.